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Entre passé et avenir, entre classiques et grands tours

14/03/2017
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Marcel Duchemin et Marc Gomez, entre autres ont précédé Adrien Costa sur les podiums du Ruban Granitier puis du Tour de Bretagne.


 

Il fut un temps où le cyclisme ne comptait pas ses coups de pédales. Sport laborieux et pourtant romantique, les pros venaient alors se frotter aux « open » et aux jeunes loups aux dents longues. A l'époque du Ruban Granitier, on voyait Guy Ignolin, vainqueur de 5 étapes sur des grands tours, s'imposer sur les hauteurs de Perros-Guirec. On voyait Hubert Arbes affronter les polonais. Marc Gomez filait le train à Greg Lemond, tandis qu'Erik Breukink se frottait à Jean-Jacques Lamour et Gérard Rué. On voyait Pascal Lino se frayer un chemin au milieu des russes. Enfin Evgueny Berzin dressait sa silhouette en haut du classement avant de remporter 2 ans plus tard, le Giro et Liège, rien que ça. Mais l'époque est clairement au changement. Le cyclisme se rationalise, se professionnalise, et le coup de pédale s'économise.

 

Et pourtant, le Tour de Bretagne s'est toujours situé à ce carrefour spirituel et calendaire, entre classiques et grands tours, entre rouleurs et grimpeurs, entre le granit du pavé de Dinan et le célèbre ruban de bitume de la côte de Mûr de Bretagne. Les courses et les coureurs deviennent peut-être moins romantiques, moins archaïques dirons certains ! On ne court plus tous les lièvres à la fois. On ne peut plus gagner 3 monuments et 2 grands tours la même année. Le cyclisme s'internationalise aussi, la concurrence se renforce, des drapeaux encore inconnus flottent sur les podiums. C'est à ce carrefour que le Tour de Bretagne est ancré.

Marc Gomez, Evgueny Berzin, Greg Lemond, Alberto Contador, Simon Gerrans, Alexander Kristoff, John Degenkolb, Arnaud Démare. Nous avons sous les yeux 11 grands tours, 10 monuments (dont 5 Milan-San Remo) et 2 Championnats de Monde. L'inventaire non exhaustif de ceux qui se sont illustrés sur les routes du Ruban et du Tour de Bretagne est déjà remarquable et remarqué. Le Tour de Bretagne forgerait-il un futur vainqueur de la primavera ? Le raccourci est aisé mais il est vrai que les parcours bretons mettent forcément en évidence un coureur fort dont les qualités correspondent au déroulement actuel des monuments, ces courses mythiques, voire mystiques, pour lesquelles il faut être prêt le jour J sous peine de passer en un clin d'œil du feu des projecteurs au feu des enfers. Sur les grands tours, la problématique est différente, ne surtout pas avoir de jour sans, ou alors jouer de la commedia dell'arte pour le cacher au mieux.

 

C'est alors que le 28 avril 2016 sur les hauteurs de Lannion, nous assistons à la naissance d'un phénomène. N'ayons pas peur des mots. Adrien Costa, que l'on prendrait pour un frêle adolescent en dehors du vélo est un redoutable guerrier une fois posé sur sa selle. Une rage de vaincre ! Si seulement vous l'aviez entendu souffler lorsqu'il a décramponné les quelques coureurs qui tentaient vainement de lui résister...

Le garçon est doué d'une intelligence de course admirable qui lui permet de contenir les assauts répétés de ses adversaires jusqu'au dénouement final. Car nous n'avons pas eu affaire à une course de dupes, où les combattants arguent d'un plan jamais mis à exécution. Adrien Costa a été harcelé, parfois en danger, mais jamais il n'a craqué. Car, pour le benjamin de la course, bien avant ses jambes, c'est sa tête qui aurait pu flancher. Mais que nenni, à froid, il déclarera qu'à Lannion, rien ne pouvait lui arriver et qu'il a ensuite juste essayé de ne pas avoir de jour sans. Cette maturité est certainement à aller chercher dans son parcours de vie. Le jeune homme n'est pas un bavard mais chaque mot fait mouche. Il est encore tôt pour savoir de quoi sera fait l'avenir du jeune américain. Classiques, grands tours, il s'agira pour lui de continuer à progresser, peut-être d'apprendre le rôle de leader.

 

Adrien Costa pratique le cyclisme simplement pour parcourir de grands espaces, prendre du plaisir. Le jeune homme veut voyager, écrire et profiter de la vie. Un retour au romantisme d'une époque surannée qui donne une véritable fraîcheur au cyclisme actuel. Pour lui, la douleur n'est qu'une vue de l'esprit, il faut réussir à s'en détacher pour aller plus vite encore. Demandez aux quelques coureurs qui l'ont vu s'envoler sur les pentes du Tour de Bretagne si ce n'était qu'une vue de leur esprit...